Erdoğan insulte Macron, la France rappelle son ambassadeur à Ankara.2 min de lecture

Les tensions montent encore d’un cran entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdoğan. Hier, lors d’un déplacement à Kayseri, au cœur de l’Anatolie, le président turc a incité son homologue français à « aller se faire soigner » du fait de son attitude envers les musulmans. Erdoğan a surenchéri en prédisant la défaite de Macron à la présidentielle de 2022, l’accusant de n’avoir « rien accompli pour la France ».

L’Elysée a réagi fermement, et a condamné via l’AFP les propos « inacceptables » du président turc : « L’outrance et la grossièreté ne sont pas une méthode. Nous exigeons d’Erdoğan qu’il change le cours de sa politique, car elle est dangereuse à tous points de vue ». La Présidence de la République a pointé du doigt le silence d’Ankara sur la mort de Samuel Paty, et, surtout, a annoncé le rappel de son ambassadeur sur place.

Ces attaques personnelles, en creux, sont motivées chez Erdoğan par le projet de loi contre le séparatisme porté en France par le gouvernement Castex. Ce texte, s’il est adopté, n’a pas fini d’allumer des étincelles entre les deux pays. La Turquie risque d’être pointée du doigt, notamment pour ce qui touche au financement des mosquées françaises. Pour Emmanuel Macron, il s’agit de faire montre de la même fermeté que cet été.

Le rappel de l’ambassadeur à Ankara est un acte fort. Toutefois, ces invectives personnelles s’apparentent à un concours de Tartuffe. D’une part, le projet de loi contre le séparatisme ne contrariera pas l’implantation d’Erdoğan en France. Faut-il le rappeler ? Les écoles coraniques et les mosquées sont déjà là. A Strasbourg, la Turquie a inauguré il y a quelques mois un Consulat général immense (8900 mètres carrés) et ultra-sécurisé, nourrissant la crainte que celui-ci abrite le sièges des services secrets turcs en Europe. Dans la même ville, la création d’un gigantesque campus islamique turc est en cours. Et comme si cela ne suffisait pas, la DGSI s’est inquiétée cet été du développement rapide et structuré des Loups gris en France, branche armée du parti d’extrême-droite MHP, allié d’Erdoğan au parlement. Ces milices paramilitaires, déjà puissantes en Europe de l’Est, sont ultra-violentes, organisées, et disposent de nombreux relais locaux. Ce n’est plus qu’une question de mois avant qu’elles ne deviennent opérationnelles en France et en Allemagne.

D’autre part, les menaces françaises ne serviront à rien en l’état actuel des choses. Tant que la Turquie et la France siègeront conjointement à l’OTAN, les Etats-Unis et l’Allemagne empêcheront toute surenchère. De plus, depuis qu’Angela Merkel a délégué la politique migratoire européenne à Erdoğan en 2015, le président turc peut décider à n’importe quel moment d’ouvrir les vannes de l’immigration sur l’Europe. Macron peut bien parler : il a les mains liées de tous les côtés par Ankara. Toutefois, tout ne peut pas être prétexte à le blâmer : l’actuel président français n’est pas responsable de la situation. Au contraire, il est même le premier à réagir. Les véritables coupables se nomment Chirac, Sarkozy et Hollande, qui n’ont pas été capables (ou n’ont pas voulu) d’anticiper les manœuvres d’Erdoğan. Les propos du leader turc témoignent d’un profond mépris envers Emmanuel Macron. Les deux ne luttent pas à armes égales : Erdoğan est en poste depuis bientôt 20 ans, Macron depuis 3 ans et demi à peine. Le premier en a vu d’autres. Pour lui, l’actuel locataire de l’Elysée est un léger contretemps, qui s’en ira avec la tempête. En attendant, c’est une « tête de turc » idéale.

Derrière les mots, la situation n’est pas prête de changer.

Article écrit par Elouan Picault

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