20h : L’acclamation d’un sentiment volé2 min de lecture

Cela ne vous aura sans doute pas échappé. Tous les soirs depuis le début du confinement, à 20h précise, les consciences se réveillent le temps d’une thérapie collective d’illusion de fraternité, soit le temps d’une minute en somme.

En effet, ce geste de soutien aux personnels hospitalier, devenus « héros nationaux » dans la même foulée, commence à faire parler de lui, et à agacer.

Ce dernier part cependant d’une bonne intention, pour répondre à une gestion plus que critiquable des gouvernements : remercier et apporter un soutien moral à tous ceux qui oeuvrent pour endiguer l’épidémie de « virus chinois », qui plonge des parties entières du monde dans un état de léthargie sinistre et effrayant. Et il ne s’agit pas ici de dénigrer un quelconque soutien, que nul ne pourrait critiquer.

Cependant, la situation dans laquelle se trouvent les hôpitaux publics, pourtant particulièrement nécessaires à la vie de la nation, est depuis bien longtemps connue de nos élus politiques, de nos gouvernements, de nos administrations. Le désarroi auquel fait face l’institution, les manques de moyens dénoncés et les revendications des personnels soignants unanimes (directeurs d’hôpitaux, médecins, infirmiers, aides-soignants,…), lançait encore très récemment un cri sourd et resté sans écho lors des récentes manifestations pour « ne pas laisser mourir l’hôpital public » (pouvait-on voir écrit sur des pancartes lors de ces rassemblements). Et pourtant en ce temps là, époque pas si lointaine, un soutien quasi-inexistant, un climat d’indifférence régnait encore.

Il aura fallut des dizaines de milliers de personnes contaminées par le virus aujourd’hui combattu, et une psychose nationale, afin de faire comprendre tant aux gouvernants qu’à la population, la situation intenable dans laquelle se trouvent ceux qui aujourd’hui font la fierté des journaux télévisés, mais qui demain, lorsque la tempête de la crise sera passée retourneront à l’oubli.

Car en effet, face à un système sanitaire en phase terminale, rien n’a été fait en amont pour soulager les peines, matérielle et psychologique, qui faisaient rage. Le désengagement en la matière des gouvernements successifs a condamné l’institution à une guerre, guerre de position pour la sauvegarde d’un idéal,  celui de la défense du bien commun, face aux « sinistres de la santé », non pas par référence élogieuse à Clemenceau, mais par constat désastreux du bilan.

Ainsi, notre rendez-vous de 20h, filmé et diffusé sur tous les canaux médiatiques, ne semble pas refléter un soutien spontané de la nation, mais davantage à un moyen de s’accaparer la détresse des autres, un moyen d’exister durant cette période où il n’a jamais été aussi difficile d’attirer l’attention au regard d’une actualité nationale continue. La population est soudée face à l’ennemi, « c’est beau !», c’est beau mais ça sonne faux… Tous les moyens sont bons pour manifester un soutien hypocrite, sous-couvert bien sûr de solidarité et d’empathie, de bienveillance et d’altruisme. Nul ne remet en cause le caractère réel et sincère du geste. Cependant, il semble bien qu’il soit réalisé par et pour la population. « C’est un moment qui me fait du bien » peut-on entendre dire ci et là, « qu’est-ce que c’est beau », « on attend tous ce moment » ! Mais que signifie ce « on » ?

En réalité, cet engouement populaire, rendez-vous-thérapie d’une angoisse, ne résout aucune souffrance : celle des personnels soignants n’est plus la leur car elle leur est retirée et vidée de sa substance, et celle de la population (crainte, affliction…) ne peut pas être exprimée, union sacrée oblige, jusqu’au sein du peuple. Certains professionnels de santé finissent alors par avouer, « je ne supporte pas les gens qui applaudissent les soignants ».

Cette souffrance, il faut la comprendre, et il faut la laisser à chacun de ses détenteurs. Il est permis de l’appréhender et de vouloir la soulager ! Mais cela ne doit pas apparaître comme une spoliation du sentiment, mais davantage comme un élan de gratuité et de bienveillance, presque invisible mais puissant, afin de ne pas davantage meurtrir la plaie.

Jean Bayle.

Article écrit par Auteur Ponctuel

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