1er débat Trump-Biden: le niveau 0 de la politique.7 min de lecture

Le présent papier s’attachera à livrer une analyse lucide sur l’état des forces en présence à l’issue du premier débat entre les deux prétendants à la maison Blanche. D’ici à l’élection du 3 Novembre tout semble possible et les cartes sont plus que jamais rebattues. De ce premier débat on retiendra une grande violence, inédite dans l’histoire politique américaine récente. La forme, par des invectives poussives, l’ayant constamment emporté sur le fond. Ainsi les enjeux de cette présidentielle tels que la gestion fédérale de la COVID-19, la couverture santé, les tensions raciales et communautaires, la politique étrangère avec la relation à la Russie ou l’emploi ont été phagocyté par ces invectives incessantes. Entre un Joe Biden agressif et semblant sans vision prétendant à un costume manifestement trop grand pour lui et un président sortant qui assure le show sans pour autant montrer l’envie d’élargir sa base, ce débat résonne en creux quant à l’avenir politique américain.
Quand le verbe se meut en peignée, c’est la politique tout entière qui s’annihile. Round 1, analyse.

Enjeux du débat : devenir crédible pour Biden, asseoir sa domination pour Trump

Organisé ce mardi à Cleveland dans l’Ohio à 21H heure locale (3H du matin heure française) et animé par le très médiatique journaliste de Fox News Chris Wallace, le seul journaliste à avoir pu interviewer Barack Obama à la maison Blanche lors de son second mandat et qui avait animé le dernier débat entre Donald Trump et Hillary Clinton en octobre 2016, ce débat est le premier d’une série de 3 à opposer le républicain Donald Trump, 74 ans, républicain anti-establishment, candidat à sa réélection et porteur d’un bilan en demi-teinte, à Joe Biden, 77 ans, sorti vainqueur des primaires démocrates face au très socialiste Bernie Sanders grâce à une ligne plus modérée mais qui demeure sous la coupe d’une gauche extrême racialiste et indigéniste, et qui doit faire face à un début de campagne agité. Deux autres débats entre Donald Trump et Joe Biden sont prévus avant la présidentielle du 3 novembre, les 15 et 22 octobre.

Les derniers sondages demeurent comme en 2016 extrêmement serrés. 46% des suffrages se porteraient vers Joe Biden et 48% iraient à Donald Trump. Il semble bien impossible à ce stade de la campagne de prédire qui sera (ré-)élu au soir du 3 Novembre.

Durant près de 90 minutes les deux candidats se sont affrontés sur des thèmes polémiques qui secouent l’actualité américaine de ces dernières semaines. Parmi ces sujets brûlants au centre du débat : la gestion par l’état fédéral américain de la crise du Coronavirus, la place accordée à l’état ou encore les violences interethniques opposant l’autorité policière à des groupuscules ethniques. En effet, exacerbés par les réseaux sociaux et l’ère du tweet, depuis le décès de George Floyd en mai dernier, les manifestations antipolice, prétexte à protester contre le président sortant, se sont multipliées dans le pays avant d’être mondialement suivi par une frénésie internationale. Ces dernières semaines Donald Trump a également été fortement critiqué sur sa gestion de la crise sanitaire aux Etats-Unis, où la pandémie aurait causé la mort d’au moins de 200 000 personnes. Par ailleurs, la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett pour siéger à la Cour suprême, à la place de la très progressiste et idole des démocrates Ruth Bader Ginsburg morte récemment, est aussi au centre de vives crispations entre les deux septuagénaires.

Les critiques ont fusé avant le débat. Chacun des deux candidats faisant monter la tension afin de mettre la pression à son contradicteur. Si bien que ces 90 minutes ont été à l’image de la guerre du tweet que se livrent les deux hommes depuis des semaines. Ainsi, Joe Biden avait annoncé que ce débat « sera essentiellement attaques personnelles et mensonges […] c’est tout ce qu’il sait faire » tandis que Donald Trump a lui remis en cause les capacités cognitives de son rival âgé de 77 ans, en réclamant un contrôle antidopage pour son adversaire démocrate.

Une part non négligeable de l’électorat américain semble hésiter encore entre les 2 candidats dans ce duel électoral qui risque de se solder par une très importante abstention. Ainsi, en 2016, 10% des électeurs ayant regardé le premier débat télévisé entre Hillary Clinton et Donald Trump avaient déclaré avoir fait leur choix « pendant ou juste après le débat ».

L’opposition et la tension inédites entre les deux candidats confirment que les Etats-Unis traversent des temps fortement troublés.

Déroulé du débat : Biden perd les pédales, Trump mitraille

Dès les premiers instants du débat Chris Wallace a lancé le sujet de la nomination par le président de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême. A son endroit Trump souhaite qu’elle soit confirmée par le Sénat avant les élections de novembre et déclare qu’« elle est bonne sous tous les aspects. Il y a des gens très à gauche qui la soutiennent. Je pense qu’elle sera formidable, aussi bonne que tous les juges qui ont servi la cour suprême par le passé. Nous avons gagné l’élection et nous pouvons choisir. » Joe Biden préférerait lui que le Congrès puisse se prononcer après l’élection. Le sujet a donné lieu à de vifs échanges entre les deux candidats et lorsque Trump a interrompu Biden, celui-ci, paraissant très agacé, a fini par ouvrir agresser le président de manière indécente et indigne d’un candidat à la présidence d’un Etat de 330 millions d’habitants par un : « Vous allez la fermer, oui ? ».

Tout au long du débat, l’ancien vice-président de Barack Obama, qui n’a manifestement pas d’idées et pas de projets à défendre, n’a pas ménagé le républicain, en l’insultant tour à tour de « menteur », de « clown » ou de « pire président que l’Amérique ait jamais eu ». Trump ne s’est pas démonté et a conclu la soirée en lui rappelant qu’« il n’y a rien d’intelligent » en Biden.

Le niveau 0 de la politique c’est aussi par exemple lorsqu’au lieu de parler du fond les deux candidats en viennent à s’échanger des amabilités sur leurs familles. Donald Trump a ainsi lancé à Joe Biden une flèche sur son fils Hunter, l’accusant de mener des affaires obscures en Ukraine et en Chine. Biden lui a caustiquement répondu : « On pourrait parler de sa famille toute la nuit. » Trump a aussi feu sur le démocrate en perdition à ce moment du débat en abordant l’addiction de Hunter Biden (fils de Joe) à la cocaïne, ce dernier ayant été renvoyé de l’US Navy en 2013 après avoir été testé positif, ce qui n’a pas manqué de faire réagir vivement le démocrate : « Mon fils, comme beaucoup de gens, avait un problème de drogue. Il l’a dépassé. Il l’a réglé. Et je suis fier de lui. »

Dans le cadre de la gestion de crise du coronavirus, le président « n’a aucun plan » pour Joe Biden qui accuse Trump par son « laisser-faire » d’être responsable des 200 000 morts américains. « Les choses sont ce qu’elles sont parce que vous êtes ce que vous êtes », a déclaré Biden à Trump, en l’accusant d’avoir sous-estimé la gravité de la crise pendant trop longtemps. « Le président n’a rien prévu du tout », a aussi estimé le démocrate. Des accusations aussitôt retoquées par Donald Trump qui considère que son administration a fait un « boulot remarquable » et que Biden aurait « perdu bien plus de personnes encore ». « Vous croyez vraiment ce qu’il est en train de vous dire ? », demande Biden aux téléspectateurs quand Trump annonce son vaccin.

Trump s’est perdu dans déclarations ambiguës sur les suprémacistes blancs, donnant du grain à moudre à son adversaire. Lorsque Chris Wallace a demandé à Donald Trump s’il condamnait l’action des groupes prétendus « d’extrême droite » face aux indigénistes noirs, le président n’a pas donné de réponse explicite en attaquant la « gauche radicale ». « Pratiquement tout ce que je vois est plutôt du fait de la gauche », a-t-il assené. Trump a aussi évoqué les Proud Boys, un groupe « d’auto-défense blanc », qui s’est notamment fait bannir sur les réseaux sociaux. Trump les a exhortés à « se replier » et à « se tenir prêts ».

Enfin sur la question de prétendus déboires fiscaux du président, qui rappelons-le ne reverse intégralement son salaire annuel soit $400000, Biden lance aux téléspectateurs « ce type paye 750 dollars d’impôts, et va être le premier président à quitter le pouvoir en laissant moins d’emplois qu’il n’en a trouvé à son entrée en fonction. On ne peut pas relancer l’économie sans enrayer la pandémie ».

Sur la question de reconnaître les résultats Biden s’engage à les reconnaître au soir du 3 Novembre : « si ce n’est pas moi, je reconnaîtrai le résultat » tandis que Trump préfère éviter le sujet en a mis en doute la sincérité des élections en mentionnant les possibles « fraudes » liées au vote par correspondance, vote ayant débuté voici une dizaine de jours aux USA. Selon lui, le vainqueur pourrait même ne pas être connu « avant des mois ». « Ça ne va pas bien se terminer », a déploré Trump à la fin du débat en appelant ses supporters « à aller dans les bureaux de vote et à surveiller ce qui va se passer. »

Bilan : un candidat démocrate à la dérive, un président en forme mais demeurant classique, des électeurs désorientés

On peut sérieusement espérer que les deux autres débats seront d’une meilleure tenue et permettront d’aller davantage sur des sujets de fond, ce qui intéresse les électeurs encore indécis. Le peopolisation du débat public aux Etats-Unis et l’omniprésence des réseaux sociaux qui modifient le langage du politique, le contraignant à parler en tweet plutôt qu’en parole, gagnera-t-elle le vieux continent dans quelques années ? On peut légitimement le craindre, d’autres s’en réjouissent. Lorsque le débat s’éclipse comme hier soir à Cleveland c’est la politique qui disparaît sous les yeux éberlués de spectateurs considérés comme une vulgaire marchandise par les 2 acteurs de ce débat qui a tourné au pugilat sous l’effet de la morgue verbale d’un opposant acrimonieux et d’un présidentcandidat campant sur ses positions.

La stratégie de Trump semble être en débat d’aligner une succession de tweets oraux ébranlant un adversaire hébété tandis que celui-ci encaissait des coups sans paraître être en mesure de proposer un projet crédible à la nation américaine ; Biden qui a multiplié les cafouillages, incapable de finir une phrase, sans cesse déstabilisé, n’a pas émis une seule proposition de la soirée. S’il veut s’imposer dans un peu plus d’un mois il devra être moins dans la critique par l’insulte et proposer des idées concrètes à une nation fédérale explosée sous le joug d’un communautarisme rampant. De plus, il semble peu probable qu’une majorité d’américains désignent un candidat capable d’insulter un président en exercice sur un plateau TV et qui perd son calme à la moindre contradiction objective portée par Trump. Et si finalement à défaut d’avoir un vainqueur à ce débat, il n’y aurait pas un grand perdant : le citoyen électeur américain ?

Paul LEBLANC

Crédit image: l’express

Article écrit par Auteur Ponctuel

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