L'Étudiant Libre

2 décembre 1805. Le soleil d’Austerlitz

La bataille d'Austerlitz est le combat mythique de Napoléon. Un an jour pour jour après le sacre impérial, le soleil d'Austerlitz vient illuminer l'Histoire d'une fabuleuse victoire.
Le soleil d'Austerlitz

En 1802, les monarchies européennes reconnaissent enfin la République Française et ses conquêtes avec la paix d’Amiens, qui met un terme aux guerres de la seconde Coalition. L’Europe s’apaise alors après une décennie de tensions émanant des bouleversements politiques engendrés par la Révolution Française. Cependant, le roi d’Angleterre Georges III rompt la paix en mai 1803. Sans déclaration de guerre, des milliers de navires marchands français sont bloqués dans les ports anglais.

Au même moment, le 2 décembre 1804, Napoléon Bonaparte, alors consul à vie, se fait sacrer empereur des Français à la suite d’un plébiscite populaire. Cet évènement va pousser les Français à régler la question anglaise. Pour répondre à leurs provocations navales, l’empereur prépare l’invasion de la Grande Bretagne. Il réforme ainsi entièrement l’Armée qui était jusqu’ici celle de la Révolution, c’est-à-dire peu structurée et peu disciplinée. 200 000 soldats sont rassemblés au camp de Boulogne face aux côtes anglaises. Ces hommes équipés et entraînés observent un dévouement inconditionnel à celui qui les a déjà emmenés de victoires en victoires en Italie, en Egypte, à Marengo. Une atmosphère de terreur s’empare alors de l’Angleterre et les habitants des côtes fuient à l’intérieur des terres. Conscient de la médiocrité de son armée et de son incapacité à faire face à une invasion française de grande ampleur, le premier ministre britannique William Pitt forme une nouvelle coalition contre la France. Alexandre Ier, le jeune tsar de Russie, rejoint cette troisième Coalition pour le prestige de battre “le petit corse”. C’est également le cas de l’empereur d’Autriche et du Saint Empire, François II qui espère récupérer l’Italie du Nord, annexée par Napoléon huit ans plus tôt. Le Royaume-Uni contracte alors une dette exceptionnelle pour payer les troupes russes et autrichiennes. 

Les mouvements de troupes

Au début du mois d’août 1805, les troupes coalisées se mettent en marche pour établir leur jonction et écraser les Français par un déploiement de grande envergure. Napoléon, prévenu du piège que lui a tendu l’Angleterre, fait immédiatement lever le camp de Boulogne et part à marche forcée à la rencontre des Autrichiens. Ce sont ainsi 150 000 fantassins, 40 000 cavaliers et 350 canons qui, à la fin du mois, affluent vers le Rhin à grande vitesse. Ce n’est plus l’armée, mais la Grande Armée. Celle du peuple, celle de l’Empire, celle de la France. Elle est divisée en sept corps, les « sept torrents », commandés par des hommes d’exception, des maréchaux qui se sont élevés par le mérite lors des guerres révolutionnaires. Il s’agit de Michel Ney, “le Brave des Braves”, fils d’un tonnelier ; Jean-Baptiste Bernadotte, fils d’un procureur ; Auguste Marmont, fils d’un officier de petite noblesse ; Jean Lannes, fils d’un marchand ; Nicolas Soult, fils d’un notaire ; Joachim Murat, le « Premier cavalier d’Europe », fils d’un aubergiste ; puis Louis-Nicolas Davout, « Le Maréchal de fer », également fils d’un officier de petite noblesse. Ce sont des hommes modestes qui vont s’illustrer par leur génie tactique avec leurs soldats au fil des campagnes. 

En octobre 1805, les Français se heurtent aux 50 000 Autrichiens positionnés en Bavière sous le commandement du général Mack. Ney écrase l’avant-garde à Elchingen le 14 octobre, tandis que Murat attire une partie des effectifs autrichiens dans un piège à l’Ouest de Munich. Mack ne comprend pas les manœuvres des Français, et pour cause, ces deux escarmouches ont dissimulé le mouvement principal du gros de la Grande Armée qui a contourné le Danube plus loin, obligeant les forces autrichiennes retranchées dans la ville d’Ulm à se rendre à Napoléon. C’est une véritable humiliation pour les coalisés qui n’ont pas su appréhender la stratégie audacieuse et payante des Français. Napoléon décide alors de marcher sur Vienne qui est prise le 14 novembre sans combats. Le 19 novembre, le généralissime Russe Koutouzof fait la jonction avec les restes de l’armée autrichienne commandée par le prince de Liechtenstein au Nord. L’armée coalisée compte alors 86 000 hommes. Napoléon arrive le 21 novembre avec 73 000 hommes près du village d’Austerlitz, dans l’actuelle Tchéquie.

« Jeunes gens ! Étudiez bien ce terrain. Nous nous y battrons. Vous aurez chacun un rôle à jouer ! »

Napoléon à ses maréchaux

Le combat dans la brume

Les Français ont abandonné les hauteurs au profit des coalisés qui occupent ainsi le plateau de Pratzen sur lequel se déroule la quasi-totalité des combats. Supérieurs en nombre, les Austro-Russes sont certains de la victoire et pressés d’en finir. Leur plan consiste à fondre sur les Français depuis le plateau. Napoléon passe la nuit du 1er décembre avec ses troupes allant de bivouac en bivouac, au coin des feux, passant du temps avec la plupart d’entre eux. Il est ovationné et des torches de fortune s’embrasent pour lui faire honneur. Il déclare plus tard : « C’est la plus belle nuit de ma vie ». 

À 5h du matin, les Russes déferlent du plateau et attaquent en puissance l’aile droite française. Cependant, ils attaquent exactement aux endroits prévus par Napoléon, c’est-à-dire les villages de Telnitz et Sokolnitz, tenus par les « Divisions de fer » du maréchal Davout. Les Français sont à 1 contre 4 et ne cèdent pas le terrain. Il s’agit en réalité d’un piège parfaitement travaillé par l’empereur. En effet, alors que le soleil perce timidement le brouillard matinal, la Grande Armée passe à l’attaque avec le maréchal Soult en tête. Les coalisés sur le plateau n’avaient pas vu le gros du dispositif français caché dans le brouillard en contrebas. Ayant dégarni le plateau de la moitié de leurs effectifs, les troupes austro-russes restées en réserve sur les hauteurs deviennent vulnérables. La percée du soleil dans la brume épaisse révèle aux coalisés leur position désormais défensive. Les rôles sont inversés, comme les chances de victoire. Après deux heures d’un violent combat, les Français contrôlent le plateau. Pendant ce temps, de manière synchronisée, Lannes et Murat chargent au Nord sur les divisions de Bagration et Liechtenstein, les empêchant de porter secours à leur centre. Les Russes tentent une contre-attaque sur le plateau en lançant leur garde impériale montée. En guise de réponse, Napoléon fait charger sa propre cavalerie de la garde, pendant que les troupes de Soult referment le piège sur les villages de Telnitz et Sokolnitz. À 16h, les coalisés fuient le champ de bataille. 

Le soleil d’Austerlitz

La victoire de Napoléon, un an jour pour jour après son sacre est totale. Il proclame à ses hommes : « Soldats, je suis content de vous ! Il vous suffira de dire « j’étais à Austerlitz » pour que l’on réponde « Voilà un brave » ». Les Français déplorent 1 300 hommes, tandis que les Alliés ont perdu 27 000 soldats (15 000 tués, 12 000 prisonniers), 180 canons et 50 drapeaux. L’empereur d’Autriche déclare devant ce désastre : « Les Anglais sont des trafiquants de chair humaine. Ils paient les autres pour se battre à leur place ». Le premier ministre britannique William Pitt décède quelques jours plus tard après avoir appris sa défaite. 

Cette bataille a aussi des conséquences territoriales importantes comme la fin du Saint-Empire Romain germanique et la création d’une Confédération du Rhin morcelée en plusieurs entités alliées des Français. Le jour anniversaire de son sacre, Napoléon en connaît un second, celui de son génie tactique et de grand stratège, qui lui a permis de remporter à Austerlitz une victoire décisive. Le 26 décembre, le traité de Presbourg en finit avec la troisième coalition et impose une paix humiliante aux Autrichiens qui devront à l’Empire Français une indemnité de guerre colossale. Les campagnes d’Ulm et d’Austerlitz constituent un véritable chef d’œuvre, et ces glorieux faits d’armes sont toujours étudiés dans les écoles militaires du monde entier. Aujourd’hui, nous pouvons admirer la colonne de la place Vendôme à Paris où les canons pris à l’ennemi durant la bataille furent fondus pour bâtir le monument. Par cette victoire, Napoléon est entré au Panthéon des plus grands stratèges de l’Histoire aux côtés d’Alexandre le Grand et de Jules César.

Martin Ferrand

Martin Ferrand

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on email
2 décembre 1805. Le soleil d’Austerlitz
Retour en haut